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Articles en psychologie et sciences du comportement

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Les affaires médiatisées impliquant des violences sexuelles constituent aujourd’hui un phénomène d’exposition collective prolongée à des récits potentiellement traumatiques.


Au-delà de leur dimension judiciaire et sociale, elles soulèvent une question de santé publique : quels effets peut avoir la répétition de ces contenus sur les personnes ayant été exposées à des violences ?


L’exposition répétée à des contenus médiatiques relatant des affaires de violences sexuelles n’est pas sans risques. Elle peut avoir des effets psychologiques à la fois sur la population générale et sur les personnes ayant vécu des violences interpersonnelles.


Dans la population générale, une exposition prolongée à des récits traumatiques peut entraîner ce que l’on appelle un trauma vicariant, c’est-à-dire une détresse psychologique résultant d’une exposition indirecte à des événements violents à travers des récits, des images ou des témoignages. Il ne s’agit pas d’avoir vécu l’événement soi-même, mais d’en être exposé de manière répétée au point que cela modifie la perception de la sécurité, du monde ou des relations humaines.


Chez les personnes concernées par des vécus de violences, l’impact peut être plus marqué. Certaines décrivent une réactivation de symptômes tels qu’une augmentation de l’anxiété, des troubles du sommeil, une intensification de l’hypervigilance, une altération de l’humeur ou encore une augmentation des consommations de substances psychoactives. Ces manifestations peuvent correspondre à une réactivation partielle de réseaux mnésiques liés à l’expérience traumatique initiale.


L’exposition répétée à des récits médiatiques de violences sexuelles peut également constituer un facteur déclenchant secondaire, susceptible de favoriser l’émergence tardive de symptômes post-traumatiques auparavant subcliniques. Cette présentation correspond à ce que le DSM-5-TR désigne comme un trouble de stress post-traumatique à manifestation différée.


En ce qui concerne les personnes concernées oar des vécus de violences, ces réactions peuvent s’expliquer par les mécanismes d’encodage et de réactivation des souvenirs associés à un événement traumatique. Par encodage, on désigne la manière dont le cerveau enregistre une expérience au moment où elle se produit, en liant entre eux plusieurs éléments : perceptions sensorielles (images, sons, odeurs), réponses physiologiques (accélération cardiaque, tension), émotions (peur, honte, colère) et interprétations cognitives (par exemple « je suis en danger » ou « je n’ai aucun contrôle »).


Lorsque certains de ces éléments réapparaissent plus tard dans l’environnement, ils peuvent réactiver le souvenir et les réponses associées de façon automatique.


Quand un détail du présent suffit à réactiver le passé


Les souvenirs liés à un événement traumatique peuvent être encodés avec une forte charge émotionnelle et une intégration contextuelle incomplète.


Ils sont alors plus facilement réactivés par des indices sensoriels ou symboliques présents dans l’environnement actuel, c’est-à-dire par des éléments qui présentent une similarité, même partielle, avec l’expérience initiale. Il peut s’agir d’indices perceptifs comme une odeur, un timbre de voix ou une configuration relationnelle particulière, mais aussi d’indices plus abstraits tels qu’une dynamique de pouvoir, une posture d’autorité perçue comme menaçante, un climat d’injustice ou un sentiment d’impunité systémique.


Contrairement à un souvenir ordinaire intégré dans une narration cohérente de sa propre histoire et inscrit dans une chronologie identifiable et situé clairement dans le passé (c’est-à-dire contextualisé dans le temps et rattaché à une représentation stable de soi), un souvenir lié à un événement traumatique peut rester principalement associé à des éléments perceptifs et émotionnels spécifiques. Il peut demeurer organisé autour de sensations, d’états corporels, de dynamiques relationnelles ou de sentiments tels que l’injustice ou la menace, sans être pleinement intégré dans une continuité autobiographique stable.


L’exposition à un récit médiatique décrivant des dynamiques de pouvoir, une impunité institutionnelle ou des violences à l’égard de personnes vulnérables peut activer ces réseaux associatifs, même en l’absence de similitude factuelle directe.


Ce qui s’active n’est donc pas une simple réaction à l’événement actuel (le déclencheur), mais aussi et surtout le souvenir antérieur, par similitude avec ce dit événement actuel.


Autrement dit, le cerveau ne réagit pas à la situation médiatique elle-même, mais à la similarité perçue avec ce qui a déjà été vécu.


Réactivation symptomatique


Lorsque ces réseaux sont activés, plusieurs manifestations peuvent apparaître :


  • augmentation de l’anxiété

  • hypervigilance

  • troubles du sommeil

  • souvenirs et pensées intrusifs

  • images mentales involontaires

  • altération de l'humeur

  • irritabilité

  • augmentation des consommations de substances psychoactives/mésusage d'un traitement psychotrope en cours

  • sentiment de menace diffuse et d'impuissance


On peut également observer des phénomènes de reviviscence. La reviviscence correspond à la réactivation involontaire d’éléments du souvenir traumatique sous forme d’images mentales, de sensations corporelles ou d’émotions intenses. La personne reste consciente d’être dans le présent, mais elle ressent des états émotionnels ou physiologiques appartenant au passé.


Le flashback constitue une forme plus intense de reviviscence. Il se caractérise par une impression transitoire que la situation traumatique est en train de se reproduire ici et maintenant. Durant un flashback, le sentiment de présence dans le moment actuel peut être partiellement altéré. La personne peut temporairement perdre la distance temporelle avec l’événement, comme si le passé se superposait au présent. Cette altération peut s’accompagner de phénomènes dissociatifs plus ou moins marqués.


L'ensemble de ces phénomènes relèvent de mécanismes neurobiologiques automatiques liés aux systèmes de mémoire émotionnelle et de régulation de la menace.


Exposition répétée et reconsolidation mnésique aggravante


Un point central, souvent méconnu, concerne le mécanisme de reconsolidation de la mémoire et le risque qu’il comporte en cas d’exposition répétée à des contenus traumatiques.


La reconsolidation correspond au processus par lequel un souvenir, lorsqu’il est réactivé, redevient temporairement modifiable avant d’être à nouveau enregistré dans les circuits neuronaux qui le sous-tendent. Autrement dit, le rappel d’un souvenir n’est pas un simple visionnage passif : il rend la trace mnésique momentanément plastique.


Cette plasticité peut constituer une opportunité thérapeutique dans un cadre sécurisé. Mais elle peut également devenir un facteur de vulnérabilité lorsque la réactivation se produit dans un contexte émotionnellement chargé, non régulé et répété.


Lorsque des récits médiatiques détaillés de violences sexuelles activent un souvenir ancien dans un état d’anxiété, de colère ou de sentiment d’injustice, ces états émotionnels peuvent s’associer davantage au souvenir initial au moment de sa reconsolidation. Les faits ne changent pas, mais les associations émotionnelles et cognitives peuvent se renforcer.

Ainsi, l’exposition répétée peut contribuer à rigidifier certaines croyances telles que « le monde est dangereux », « les institutions ne protègent pas » ou « je ne suis en sécurité nulle part ». Le souvenir se reconsolide alors avec une charge émotionnelle accrue.


Ce mécanisme explique pourquoi certaines personnes ont le sentiment que leur traumatisme « repart en arrière » après une période d’amélioration. Ce n’est pas un retour au point de départ, mais une réactivation répétée dans un contexte défavorable à l’intégration.


La reconsolidation peut donc être thérapeutique ou aggravante selon le contexte.


Exposition médiatique et TSPT à manifestation différée


Un TSPT peut apparaître plusieurs mois ou années après l’événement initial. Cette manifestation différée peut survenir lorsque des déclencheurs répétés fragilisent des stratégies d’adaptation antérieures telles que l’évitement, l’hyperfonctionnement ou l’anesthésie émotionnelle.


L’exposition médiatique à des récits similaires peut jouer un rôle de facteur déclenchant secondaire en activant des réseaux mnésiques jusque-là relativement stabilisés.


Selon le DSM-5-TR, le trouble de stress post-traumatique nécessite une exposition à un événement impliquant menace de mort, blessure grave ou violence sexuelle, suivie de symptômes répartis en quatre catégories :


  • symptômes d’intrusion

  • évitement persistant

  • altérations négatives des cognitions et de l’humeur

  • altérations de l’activation et de la réactivité


Les symptômes doivent persister plus d’un mois et entraîner une altération significative du fonctionnement.


La CIM-11 retient trois dimensions principales :

  • reviviscence du trauma dans le présent

  • évitement persistant

  • sentiment persistant de menace


Elle distingue également le trouble de stress post-traumatique complexe, incluant des difficultés durables de régulation émotionnelle, une altération de l’image de soi et des perturbations relationnelles.



Implications en santé publique


Dans un contexte d’information continue, la répétition des contenus traumatiques peut maintenir un niveau d’activation physiologique élevé chez certaines personnes vulnérables.


La régulation de l’exposition, le repérage précoce des signes d’activation et l’accès à des prises en charge adaptées constituent des enjeux de prévention.


Reconnaître ces mécanismes ne pathologise pas les réactions mais permet de comprendre que certaines réponses émotionnelles sont liées au fonctionnement normal des systèmes de mémoire et de détection de la menace.


Comment se protéger face à l’exposition répétée aux récits traumatiques ?


Il ne s’agit pas d’éviter toute information ni de se couper de l’actualité. L’enjeu est de limiter une activation prolongée ou répétée des systèmes de détection de la menace.


La première mesure consiste à réguler l’exposition. L’information en continu favorise la répétition des contenus et l’intensification émotionnelle. Définir des temps précis de consultation, éviter l’exposition passive prolongée et privilégier des sources synthétiques plutôt que des récits détaillés pourrait réduire la charge d’activation.


Un second point concerne l’agentivité, c’est-à-dire la perception de contrôle sur ses choix.


Décider consciemment quand s’informer et quand interrompre l’exposition contribue à limiter le sentiment d’impuissance. L’agentivité agit comme un facteur de protection en renforçant la perception de contrôle interne.


Il est également utile d’identifier les signes précoces d’activation : tension corporelle inhabituelle, troubles du sommeil, irritabilité, rumination persistante, besoin d’isolement ou au contraire agitation accrue. Repérer ces signaux permet d’intervenir avant que l’activation ne s’installe durablement.


Sur le plan physiologique, les stratégies qui favorisent la régulation du système nerveux autonome sont pertinentes : respiration lente, mouvement corporel, contact social sécurisant, activités engageant l’attention dans le présent. Ces interventions visent à réactiver les systèmes de sécurité et à réduire l’hyperactivation.


Enfin, lorsque les symptômes persistent, s’intensifient ou altèrent le fonctionnement quotidien, une évaluation auprès d'un.e professionnel.lle peut être indiquée. Les approches psychothérapeutiques centrées sur le trauma permettent de travailler les processus d’activation et de reconsolidation dans un cadre sécurisé, en intégrant progressivement les souvenirs dans une continuité temporelle plus stable.


 
 
 

Dans cet article, l’expression « femmes cisgenres et personnes socialisées comme filles » renvoie à des trajectoires de socialisation genrée, indépendamment de l’identité de genre qu’une personne peut avoir actuellement. L’analyse porte sur les effets psychologiques et relationnels de cette socialisation dans un contexte marqué par des biais sexistes persistants, tels que documentés par la recherche en psychologie sociale, développementale et clinique.


Introduction


Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) demeure encore largement sous-diagnostiqué et mal interprété chez les femmes cisgenres et les personnes ayant été socialisées comme filles (Quinn & Madhoo, 2014 ; Rucklidge, 2010 ; Young et al., 2020).


Les données scientifiques mettent en évidence un point central au sein de cette population : au-delà du manque de formation de nombreux professionnel.lle.s au repérage précoce des troubles neurodéveloppementaux, c’est surtout la manière dont les manifestations du TDA/H sont interprétées qui contribue au retard diagnostique (Asherson et al., 2016).


Les manifestations du TDA/H peuvent être disqualifiées, minimisées, voire instrumentalisées dans un contexte social structuré par des biais sexistes persistants, où les difficultés cognitives et émotionnelles des personnes socialisées comme filles sont plus volontiers essentialisées (c’est-à-dire interprétées comme des traits intrinsèques, stables et constitutifs de leur identité), que reconnues comme l’expression d’un fonctionnement neurodéveloppemental atypique (Becker et al., 2017 ; Ussher, 2011).


L’importance d’une évaluation clinique globale lors des premières consultations


Lorsqu’elles consultent tardivement, les personnes concernées sollicitent rarement que pour des difficultés strictement attentionnelles ou exécutives (désorganisation, dispersion, indécision, difficultés de régulation émotionnelle). La demande initiale porte le plus souvent sur un mal-être psychologique diffus, un épuisement profond, une perte de confiance en soi ou des difficultés relationnelles persistantes (Quinn & Madhoo, 2014).


Dans les situations les plus problématiques, après des relations conjugales asymétriques et violentes, leur TDA/H a pu progressivement faire l’objet d’une requalification sexiste et stéréotypée. Le trouble fut alors perçu comme l’expression d’une fragilité intrinsèque, d’une émotivité excessive, d’une instabilité plutôt que reconnu comme l’expression d’un trouble neurodéveloppemental (Stark, 2007 ; Karakurt & Silver, 2013).


Cette réalité clinique souligne l’importance d’une évaluation globale, intégrant non seulement les dimensions neurodéveloppementales, mais également les facteurs psychologiques, relationnels et contextuels. Elle ne peut être comprise sans interroger la responsabilité des biais sociocognitifs sexistes, la socialisation de genre et ce qu’elle implique en termes de stéréotypes, ainsi que les normes et rapports de domination encore largement tolérés au sein du couple hétérosexuel et plus largement de la société française (Hyde, 2014).


Retard diagnostique : grandir en se pensant responsable de ses difficultés


Ce retard diagnostique constitue un facteur de risque psychologique majeur, car il favorise l’intériorisation de la faute et l’installation d’une autocritique chronique, dans un contexte occidental où les normes de genre encouragent fortement l’internalisation des difficultés chez les personnes socialisées comme filles (Else-Quest et al., 2006).


Les situations perçues comme des échecs (désorganisation, oublis, difficultés relationnelles) sont alors majoritairement expliquées par des attributions causales internes, souvent perçues comme stables et globales, - « je suis incompétente », « je suis instable », « je ne fonctionne pas normalement » -, plutôt que par une compréhension neurodéveloppementale ou contextuelle des difficultés (Mezulis et al., 2004).


Socialisation de genre et mode Parent critique / exigeant internalisé : un mécanisme bien documenté


La recherche en psychologie sociale et développementale montre que la socialisation féminine encourage davantage, chez les personnes ayant connu une socialisation de genre féminin, des processus d’auto-surveillance, de responsabilisation émotionnelle, d’adaptation prioritaire aux besoins d’autrui et d’intériorisation des échecs (Hyde, 2014 ; Else-Quest et al., 2006).


Dans le cadre de la thérapie des schémas, ces expériences répétées constituent un terrain favorable à l’internalisation d’un mode Parent critique et/ou exigeant (Young, Klosko & Weishaar, 2003 ; Bach et al., 2018).


Un mode désigne un état émotionnel et cognitif activé dans l’instant, combinant des affects, des pensées automatiques et des tendances comportementales héritées d’expériences précoces. Le mode Parent critique/exigeant se manifeste par des injonctions internes de type « tu devrais mieux faire », « ce n’est pas suffisant » ou « tu dois te contrôler davantage », et par une faible tolérance à l’erreur ou à l’imperfection.


Chez les personnes avec TDA/H ayant connu une socialisation féminine, les manifestations du trouble viennent alors alimenter ce mode interne, non pas parce qu’elles traduiraient une fragilité individuelle, mais parce qu’elles sont fréquemment lues, dans un contexte sexiste, comme des signes d’instabilité, de manque de contrôle ou d’une imperfection personnelle (Becker et al., 2017).


Parent critique/exigeant internalisé et assignations sociales de rôle


Ce mécanisme est socialement produit. Il contribue à la consolidation durable d’un Parent critique/exigeant internalisé, favorisant une autocritique persistante, une honte internalisée et un affaiblissement progressif du mode Adulte sain, c’est-à-dire de la capacité à se réguler, s’auto-soutenir, s’auto-ajuster et poser des limites protectrices dans un contexte où certaines assignations sociales de rôle et de place, notamment l’effacement de soi, la conformité et l’adaptation aux attentes d’autrui, demeurent socialement valorisées (Young et al., 2003 ; Hyde, 2014).


Hystérisation des affects et biais sexistes masculins


Les travaux sur les biais de genre en psychiatrie montrent que les expressions émotionnelles des personnes socialisées comme filles sont plus rapidement psychologisées, disqualifiées et pathologisées, en particulier lorsqu’elles s’écartent des normes de contrôle émotionnel attendues (Becker et al., 2017).


Cette dynamique s’inscrit dans une continuité historique avec l’ancienne notion d’« hystérie », dont les formes contemporaines persistent sous des catégories cliniques plus acceptables mais conceptuellement proches.


Les affects sont alors interprétés comme excessifs, irrationnels ou incontrôlables, indépendamment de leur fonction adaptative ou de leurs déterminants neurobiologiques (Ussher, 2011).


Dans le cadre du TDA/H, cette hystérisation des affects contribue à occulter le caractère neurodéveloppemental du trouble, au profit d’interprétations moralisantes, relationnelles ou caractérielles. Elle participe ainsi au maintien des biais diagnostiques, à la stigmatisation des personnes concernées et à la consolidation d’une lecture genrée des difficultés cognitives et émotionnelles (Philipsen et al., 2008).


Autocritique, honte et schémas précoces inadaptés


La thérapie des schémas permet de comprendre comment des expériences répétées d’invalidation, de disqualification et de responsabilisation excessive s’organisent en structures cognitivo-émotionnelles durables, appelées schémas précoces inadaptés (Young et al., 2003).


Le schéma d’imperfection / honte


Il se caractérise par la croyance stable :


" Il y a quelque chose de fondamentalement défectueux chez moi."


L’autocritique chronique constitue un facteur central de ce schéma, largement documenté. Elle est fortement associée aux troubles internalisés, notamment l’anxiété et la dépression, et favorise une interprétation identitaire des difficultés : le problème n’est plus situationnel ou contextuel, mais perçu comme inhérent à la personne (Thimm, 2010 ; Bach et al., 2018).


Chez les femmes cisgenres avec TDA/H, ce schéma est fréquemment renforcé par :


– le retard diagnostique (Young et al., 2020),

– la pathologisation genrée des émotions (Becker et al., 2017),

– l’internalisation des reproches liés aux difficultés attentionnelles et exécutives (Quinn & Madhoo, 2014).


Le schéma de dépendance / incompétence


Il repose sur la croyance :

"Je ne peux pas fonctionner correctement sans l’aide d’autrui."


Ce schéma se développe lorsque la personne doute durablement de ses capacités à prendre des décisions, à organiser sa vie ou à faire face aux exigences du quotidien.


Dans les relations de couple, il favorise la recherche ou l’acceptation de partenaires perçus comme plus rationnels, plus structurés ou plus compétents. Cette dynamique peut renforcer des relations asymétriques, dans lesquelles la délégation progressive du pouvoir décisionnel est normalisée (Stark, 2007).


Le schéma d’exigences élevées : une compensation coûteuse


Le schéma d’exigences élevées repose sur la croyance implicite que :

"Je dois en faire toujours plus, être irréprochable et ne jamais faillir pour être légitime."


Chez les femmes cisgenres avec TDAH, ce schéma fonctionne fréquemment comme une stratégie de compensation face aux difficultés attentionnelles et exécutives (Young et al., 2003). Il se traduit par :


– un perfectionnisme très fort,

– une auto-surveillance constante,

– une intolérance à l’erreur,

– une difficulté majeure à se reposer ou à accéder à l’auto-compassion.


Si cette stratégie peut permettre un fonctionnement apparent à court terme, elle s’accompagne à moyen et long terme d’un coût psychologique et émotionnel élevé : épuisement, burn-out, anxiété chronique et effondrement des capacités adaptatives (Bach et al., 2018).


Quand les biais sexistes transforment la relation en levier de domination


Dans certaines configurations, le partenaire masculin peut être progressivement investi comme figure de compensation : celui qui décide, structure, corrige et valide. La relation est alors vécue comme une compensation du handicap, renforçant l’idée qu’il serait impossible de fonctionner seule avec un TDA/H ou avec les difficultés vécues lorsqu’il n’y a pas de diagnostic (Stark, 2007).


Cette dynamique s’inscrit dans un contexte culturel occidental où le couple est fortement sur-idéalisé et présenté comme un vecteur central d’accomplissement, de stabilité et de croissance personnelle. Cette valorisation du couple contribue à normaliser des asymétries relationnelles, en rendant moins visibles, voire acceptables, des rapports de pouvoir, de contrôle ou d’infantilisation, dès lors qu’ils s’inscrivent dans un cadre conjugal perçu comme protecteur ou structurant (Stark, 2007).


Lorsque le partenaire adopte des comportements de dénigrement, d’invalidation ou d’infantilisation, la violence psychologique s’installe de manière progressive et insidieuse.


Elle est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie sur des doutes déjà présents, socialement produits, concernant les capacités cognitives, émotionnelles ou décisionnelles de la personne concernée (Karakurt & Silver, 2013).


Violence psychologique et atteinte de l’agentivité


La violence psychologique agit prioritairement sur trois dimensions centrales du fonctionnement psychologique :


– la confiance cognitive, entendue comme la capacité à se fier à ses propres perceptions, à sa mémoire, à son raisonnement et à ses interprétations de la réalité ;

– la capacité de jugement ;

– le sentiment d’agentivité.


La confiance cognitive constitue la cible principale du gaslighting, c’est-à-dire de l’ensemble des stratégies relationnelles visant à mettre en doute la validité des perceptions, des émotions et des raisonnements d’une personne (Sweet, 2019).


Par des remarques répétées, des inversions de responsabilité ou des dénégations de la réalité vécue, la dénigration installe progressivement un doute chronique quant à la légitimité de ce qui est pensé, ressenti ou décidé.


Avec le temps, ce processus tend à s’internaliser sous la forme d’un auto-gaslighting : la personne anticipe la disqualification, invalide elle-même ses perceptions (« j’exagère », « je me trompe », « je dramatise ») et renonce progressivement à se fier à son propre jugement (Sweet, 2019).


Ce mécanisme affaiblit directement l’autonomie décisionnelle et renforce les schémas de dépendance et de honte, au détriment de la capacité à se positionner comme sujet actif de sa propre vie (Pugh & Farrell, 2021).


Chez les personnes avec TDA/H, ces effets sont potentialisés, non pas en raison du trouble lui-même, mais du contexte d’invalidation dans lequel il est interprété et vécu. La violence psychologique ne crée pas les difficultés, elle exploite et amplifie des vulnérabilités construites socialement, en s’appuyant sur des normes de genre et des rapports de pouvoir encore largement tolérés (Karakurt & Silver, 2013).


Conclusion : transformer les normes et faire évoluer les représentations sociales


Les femmes cisgenres et les personnes socialisées comme filles avec un TDA/H ne sont ni instables, ni incompétentes, ni dépendantes par nature. Si elles en viennent parfois à se percevoir ainsi, ce n’est pas le reflet de leur fonctionnement réel mais l’aboutissement d’un long processus d’invalidation, inscrit dans un contexte social, relationnel et clinique encore profondément traversé par des biais sexistes persistants.


Mettre en lumière ces mécanismes permet de déplacer le regard : quitter une lecture centrée sur un supposé déficit individuel pour interroger les normes sociales, relationnelles et genrées qui orientent l’interprétation du TDA/H, structurent les rapports de pouvoir et rendent certaines formes de domination psychologique socialement tolérables, voire invisibles.


L’enjeu n’est donc pas de corriger ou de « réparer » les personnes concernées, mais de questionner les cadres éducatifs, relationnels et professionnels qui continuent de pathologiser les troubles neurodéveloppementaux, et en particulier le TDA/H, lorsqu’ils s’expriment chez des personnes socialisées comme filles. C’est à ce niveau, celui des normes, des représentations et des pratiques, que se situe le véritable levier de prévention de la violence psychologique et de restauration de l’agentivité au sein de cette population.

 


 
 
 

Les stéréotypes interviennent de façon incontournable dans le processus perceptif humain puisque nous les utilisons pour organiser notre perception de la réalité sociale.


On les définit comme des catégories descriptives simplifiées par lesquelles nous cherchons à situer autrui ou des groupes d’individu.


Leur contenu est constitué d’un ensemble de croyances construites socialement, fonctionnant comme des filtres entre la réalité objective et l’idée que l’on s’en fait.


Le processus de catégorisation sociale n’est pas aléatoire et intervient toujours dans un contexte socioculturel donné acquis à travers l’éducation, la transmission socio-culturelle des croyances, les interactions avec autrui, l’exposition à certains médias, ect.


Mais à quoi servent-ils ?


Nous avons déjà souligné leur fonction cognitive : ils nous permettent de simplifier et de réduire la complexité des données de l’environnement social.


S’y ajoute une fonction épistémique : ils servent à expliquer et comprendre dans le but de donner du sens à la réalité et asseoir un sentiment de maitrise de l’environnement. Ils nous permettent de naviguer dans la réalité sociale comme s'ils étaient des repères.


Ils ont aussi une fonction identitaire : les individus cherchent à accroitre leur estime de soi, ce qui passe aussi par une identité sociale positive résultant de comparaisons favorables entre leur groupe et des exogroupes perçus comme pertinents.



Enfin, ils ont une fonction justificatrice, que l’on peut décliner en 3 dimensions :


1) une justification de soi : les stéréotypes permettent de justifier une attitude, un comportement


2) une justification de groupe : ils servent à justifier les attitudes, les positions, le statut social ou les actions (per exemple les discriminations) réalisées par l’endogroupe à l’égard de l’exogroupe


3) une justification du système socioculturel :


Ils contribuent à persévérer l’organisation sociale existante et à justifier le maintien de l’idéologie, des inégalités, des hiérarchies sociales, de la divisions des rôles sociaux, de la distribution des richesses, mais aussi des droits.



A retenir :


Les stéréotypes prennent toujours place dans un contexte socio-culturel donné et nous donnent des indications sur les relations qui se jouent entre les différents groupes sociaux en présence de contexte. Ils sont donc le reflet d’un certain ordre social.


Bibliographie :


  • Fonctions des stéréotypes (cognitive, épistémique, identitaire) :Deschamps, 1977

  • Fonction justificatrice des stéréotypes : Jost & Banaji, 1994

  • Théorie de la dominance sociale : Sidanius & Pratto, 1999

 
 
 

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